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Pseudo: tariq ibn ziadCatégorie: ActualitéDescription:
decouverte de l'Algerie
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Lundi 05 Mars 2007

 Naissance et jeunesse

Mohammed El Bachir Al Ibrahimi naquit le 19 juillet 1889 à Ras el Oued (Sétif). Il reçut un premier enseignement dans sa ville natale, sous la houlette de son père et de son oncle puis se rendit en 1911 au Hedjaz et s'établit à Médine où il reçut un enseignement supérieur dans les domaines de langue, théologie et sciences islamiques.
De Médine, il se rendit à Damas où il tira profit de ses écoles et chouyoukhs. A son retour au pays, il s'installa à Sétif et entama sa mission dans l'enseignement et l'éducation, en étant en étroite relation avec Cheikh Abdelhamid Ibn Badis.

Son action réformiste

 

Cheikh El Bachir Ibrahimi entama sa mission à travers son métier d'enseignant dans lequel il voyait un moyen efficace pour réformer la situation en Algérie, en favorisant la prise de conscience du peuple et en lui enseignant les principes de sa religion et sa langue afin de le préparer à les défendre face au colonisateur.
En 1931, il participa avec Ibn Badis à la création de l'Association des Ulémas Musulmans dont il fut nommé vice-président. Il fut également désigné pour représenter l'association dans l'Ouest algérien après avoir été chargé de diriger l'école "Dar al hadith" à Tlemcen.
En raison de ses activités hostiles au colonialisme, il fut arrêté par l'administration coloniale et déporté à Aflou, près de Laghouat. En dépit de son exil, il fut choisi pour présider l'Association des Ulémas après le décès d'Ibn Badis.
Libéré en 1943, il fut de nouveau emprisonné après avoir condamné les massacres du 8 mai 1945.
Après sa libération pour la seconde fois, il poursuivit ses activités de prédication à l'instar d'Ibn Badis. Il rédigeait l'éditorial du journal "Al Baçaïr" (la clairvoyance), organe de l'Association des Ulémas et avait également créé le journal "ach-cheb al muslim"(Le jeune musulman) en langue française.
En 1952, il se rendit au Moyen-Orient et s'établit au Caire où il séjourna jusqu'au
déclenchement de la lutte de libération. De ce fait, il publia un communiqué de l'association des Ulémas Musulmans, appelant le peuple à s'unir autour de la lutte de libération.
En Egypte, il oeuvra au profit de la question algérienne jusqu'à l'indépendance. Il mourut le 20 mai 1965.

 MESSAGE DU PRESIDENT BOUTEFLIKA LORS DU COLLOQUE INTERNATIONAL SUR L'ERUDIT CHEIKH BACHIR EL IBRAHIMI

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux,

Que le Salut de Dieu Soit sur Son Prophète,

Sa famille et Ses compagnons

 

 

Mesdames, messieurs

Honorable assistance,

Que le Salut de Dieu soit sur vous,

 

Le poète défunt Mohamed Laid El Khalifa n'avait-il pas raison quand il a qualifié l'Algérie de mère féconde qui ne cesse d'enfanter des Hommes?

 

L'Algérie a enfanté des hommes au sens noble du terme qui sont et demeureront des monuments, des symboles et autant d'exemples pour notre génération et les générations qui se succéderont à travers les époques.

 

De ces noms célèbres, nous citerons l'éminent imam de l'Algérie, son symbole et sa fierté voire celle de tous les arabes et les musulmans: Cheikh Mohamed Bachir El Ibrahimi dont nous commémorons aujourd'hui le quarantième anniversaire de son décès qui coïncide avec le cinquantième anniversaire de la déclaration de notre djihad pour la libération, le cinquantième anniversaire de la fondation de l'Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens, le soixantième anniversaire de la naissance de la Ligue Arabe et le cinquantième anniversaire de la conférence de Bandung.

 

Quatre dates qui sont autant de stations qui ont jalonné une ère prospère de notre histoire moderne qui a vu l'aboutissement des mouvements de libération, le triomphe du nationalisme arabe et l'apogée du mouvement littéraire et artistique. L'Algérie y a contribué efficacement. Cette période n'aurait pas connu son heure de gloire sans la contribution de nos valeureux héros dont nous célébrons aujourd'hui la mémoire de l'un d'eux en évoquons ses vertus et en saluant ses qualités dans un élan de réhabilitation de nos hommes. Un effort que nous avons entamé depuis que le peuple nous a investis de cette lourde responsabilité.

 

Il est bien difficile d'évoquer les personnes. Il est tout aussi difficile de cerner certains d'entre eux et leur rendre justice pour leurs œuvres et leur apport à l'histoire. Parmi ces monuments de la pensée nous citerons l'imam El Ibrahimi, aux actes grandioses, aux idées prolifiques, à la pensée féconde, au style pure et limpide et à l'éloquence captivante et attrayante.

 

La vie de l'imam El Ibrahimi était riche en actes, féconde en œuvres et imprégnée de sagesse. Il l'entama par un travail de bienfaisance à Médine, lieu où repose le prophète, que le Salut de Dieu soit sur Lui. Il dû se déplacer à Damas où il fit tôt parler de lui.

 

En effet, il occupa, alors qu'il était encore jeune, une place prépondérante parmi les grands ulémas et présida une chaire à la mosquée Omeyyade "Abdelmalek Ben Merouan", l'une des plus grande mosquées à l'époque. Les élèves qu'il forma sont devenus les plus célèbres de leur temps. Mais cette place de choix et ce succès ne lui ont pas fait oublier son pays et les droits qu'avaient ses concitoyens sur lui. Il revint en Algérie alors sous domination coloniale des plus infâmes, faisant face à une politique raciste injuste. Il trouva le peuple algérien en proie à trois grandes injustices: la nuit coloniale, l'ignorance et les dissensions. Il commença le travail tel un paysan envahi d'espoir dés la mise en terre d'une petite graine qui produira sept épis dans chacun d'eux cent graines et dès la plantation d'un arbre qui deviendra solide profondément enraciné dans la terre et dont les branches s'élèvent majestueusement vers le ciel produisant des fruits savoureux et une ombre bienfaitrice.

 

Il ouvrit une école à Sétif et construisit une mosquée à  Ras-el-Oued, avant de les renforcer par une grande école à Sétif. Des réalisations qui ont été saluées par les poètes dans leurs Qasidas en 1927.

 

L'imam El-Bachir El Ibrahimi était conscient que son action à Sétif et ses environs, quand bien même importante, était limitée et avait peu d'influence. Il réfléchissait constamment à la manière d'engager des actions plus vastes à même d'apporter un changement global

 

Aussi, a-t-il multiplié les contacts avec son frère l'Imam Abdelhamid Benbadis pour réfléchir, ensemble, à une entreprise qui sortirait l'Algérie des ténèbres et élaborer le plan concrétisant cette réflexion, initiée lors de leur première rencontre dans les lieux saints de l'Islam.

Ces contacts ont abouti à la création de l'association des Oulémas musulmans le 05 mai 1931.

 

Les Français avaient organisé alors de grandes festivités pour fêter le centenaire de leur occupation de l'Algérie. Et un des leurs avait dit, à cette occasion, que "l'organisation de ces festivités aujourd'hui n'est pas pour célébrer le centenaire de notre présence en Algérie mais l'enterrement de l'Islam dans ce pays". Ils voulaient, à travers cette célébration, faire accroire que l'Algérie leur était acquise.

 

L'association des Oulémas musulmans est venue ainsi renforcer les mouvements nationaux activant sur le terrain, rétablir la vérité et lutter contre l'injustice. L'histoire retiendra à jamais ses louables actions et son apport considérable dans la formation des générations de l'Algérie contemporaine.

 

Figure de proue de cette association, l'imam El Ibrahimi a été l'architecte de ses statuts et règlement intérieur, son sage philosophe et son éloquent porte-parole. C'est ainsi qu'il a été élu, à l'unanimité, vice-président puis président après le décès de l'imam Abdelhamid Benbadis, le 16 avril 1940.

 

Les pionniers de cette association se sont partagés les missions: L'imam Benbadis à Constantine, Cheikh Tayeb El Okbi à Alger, Larbi Tebessi à Sig puis à Tébessa, Cheikh Mebarek El-Mili à Laghouat. Cependant, l'imam El-Ibrahimi fut chargé de l'Oranie avec résidence à Tlemcen, une mission qu'il accomplit avec compétence et fidélité. Sa présence à Tlemcen fut pour beaucoup dans l'essor et le progrès de cette ville qui a pu, grâce à ses activités, renouer avec les sciences et les lettres ressuscitant ainsi l'époque de Abi Abdellah Charif Tlemçani, El Merazga, Ibn El Imam, Tenessi, El Ouencharissi, El Meghili, El Meghraoui, El Khezai Tlemçani, Ben Zekri, Senoussi, Ibn Khaldun, Ibn Khemis, Ibn Abi Hedjla et El Maqarri. L'imam Abdelhamid Benbadis avait, à juste titre, dit de lui que "c'est lui qui ressuscita Tlemcen"

 

El Ibrahimi a laissé dans cette ville des vestiges matérielles et immatérielles qui forcent, à leur remémoration, respect et admiration tant ils confèrent à Tlemcen la splendeur et le rayonnement dont elle peut aujourd'hui s'enorgueillir.

 

Au plan moral, il œuvra à propager la religion, la vraie, à promouvoir les sciences et les lettres et à favoriser la réconciliation sur la base des percepts prônés par l'Islam. Il supervisa aussi la 5ème conférence de l'association des étudiants nord-Africains, tenue en septembre 1935 à Tlemcen, une conférence dont les échos ont réjoui les amis et contristé les ennemis.

 

Parmi ses vestiges matériaux, les écoles rayonnant de sciences et de savoir, notamment ce bijou architectural que l'Imam El Ibrahimi baptisa "Dar el Hadith" et qu'il voulut témoin du riche patrimoine historique de Tlemcen et un rappel de ses gloires scientifiques.

 

Décidé à en faire l'illustration du défi à l'injustice de l'homme contre l'homme, il œuvra à ce que cette école soit plus belle et plus imposante que l'école française voisine, étrangère et intruse, baptisée au nom de l'orientaliste français Dusland.

 

L'ouverture de "Dar el Hadith" a été une fête nationale à laquelle a assisté l'élite algérienne des quatre coins du pays et des frères venus du Maroc. Le colonialisme français excédé par tant d'envergure ferma l'école, exerça des pressions sur son fondateur, le traduisit en justice et lui infligea une amende

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

Face à l'épreuve, l'imam El Ibrahimi fait montre du courage et de la patience du croyant à la foi immuable. Sa religion et sa vaillance lui interdirent, en effet, d'abdiquer devant ceux qui ont opprimé son peuple et spolié son pays. Il refusa de publier un communiqué de soutien à la France lors de la deuxième guerre mondiale en dépit des propositions alléchantes. Il fut donc emprisonné dans le village éloigné d'Aflou et ne perdit jamais patience.

 

Il n'a nullement été éprouvé par l'épreuve qu'il a dû subir pour sa patrie et sa religion car convaincu que c'est là le tribut que seuls les patriotes sincères et les hommes vaillants peuvent consentir. Il fut en revanche très affligé par la disparition de son frère et ami, l'Imam Abdelhamid Benbadis qu'il n'a pu accompagner à sa dernière demeure. Ce fut pour lui très dur à surmonter et seuls ceux qui connaissent la relation qui liait les deux hommes pouvaient le comprendre.

 

A sa sortie de prison, l'Imam El Ibrahim eût le privilège d'être plébiscité par ses confrères pour succéder à l'Imam Benbadis à la tête de l'association des ulémas. En dépit de la conjoncture marquée alors par la deuxième guerre mondiale, l'Imam El Ibrahimi œuvra sans relâche à l'ouverture d'écoles libres et à la construction de mosquées.

 

Ses efforts recueillirent reconnaissance et gratitude de même que la coordination qu'il établit avec ses frères au sein du mouvement national, et qui donna naissance au "manifeste du peuple algérien", destiné en 1943 aux dirigeants des alliés débarqués, fin 1942, en Algérie et aux responsables de ce qui était appelé à l'époque "La France libre". Cependant, la France n'était libre que pour opprimer les peuples sans défense.

 

En effet, sitôt la guerre terminée et dés que les algériens sortirent pour se joindre à l'euphorie mondiale suscitée par la fin de la guerre, la France eu recours, un sinistre matin du 8 mai 1945, à une répression féroce et sanglante faisant des milliers de victimes outre la torture et les emprisonnements.

 

L'Imam El Ibrahimi fut parmi tant d'algériens torturés à Alger et à Constantine ce qui lui laissa des séquelles physiques dont il continua à souffrir jusqu'à son décès.

 

L'imam Benbadis a jeté les bases et les fondements de l'Association ulémas puis l'imam El Ibrahimi érigea ses remparts et assura son vaste déploiement. Le champ des activités de l'association, s'était ainsi remarquablement élargi ce qui lui a conféré un impact important. Ses réalisations notables et ses multiples projets sont autant de faits avérés.

 

L'ère d'El Ibrahimi fut marquée par l'expansion des écoles libérales à travers les villes et campagnes, alors que plusieurs branches ont été ouvertes à travers les faubourgs et quartiers. Pendant ce temps, l'association se dota de son siège central à Alger, outre les sections créées dans les villes françaises et au Caire. Une époque qui a vu la création de l'institut de l'imam Benbadis à Constantine, qui devint ainsi la branche de la plus ancienne université islamique, à savoir l'université Zeïtouna et dont les diplômes étaient reconnus tant au Machrek qu'au Maghreb. Nombreux sont ses étudiants qui ont rejoint les rangs de la révolution et beaucoup tombèrent en martyrs, tandis que d'autres sont des cadres au niveau des différentes administrations et institutions de l'Etat.

 

Par ailleurs, des délégations estudiantines furent envoyées sous l'égide de l'association aux pays du Machrek et la revue "El Bassaër" réapparaissait  pour prodiguer sagesse et éloquence aux lecteurs d'Algérie et de l'étranger.

L'imam El Ibrahimi avait compris que la stratégie du colonialisme était fondée sur l'ancrage dans l'esprit du peuple algérien de, ce que l'imam El Ibrahimi appelait "la résignation à l'assujettissement", en le déracinant de ses origines, de sa religion et de son histoire. Devant cet état des faits, El Ibrahimi s'est attelé à mobiliser les Algériens pour mettre en échec cette stratégie, sacrifiant sa vie et ce qu'il a de plus précieux à cette fin, pour voir ses effort payer, par la grâce de Dieu.

 

Au vu de ses talents multiples, ses actions ne pouvaient qu'être diverses et diversifiées et dans lesquelles il se distingua remarquablement, à tel point que l'on serait tenté lui attribuer la perfection dans chaque domaine, action ou thème qu'il aborda.

 

C'était un éminent érudit, un éducateur chevronné, un pionnier de la réforme sociale, un leader digne, voire un éminentissime poète et homme de lettre aux œuvres prolixes. C'est grâce à ses talents variés, ses réalisations distinguées, ses qualités intrinsèques, sa volonté inébranlable, et sa gestion rigoureuse, qu'El Ibrahimi n'a pu faire face à ce plan colonial ignoble, ourdi par des stratèges avérés, mais c'était sans compter avec la loyauté de  e moudjahid qui, armé de patience et de sincérité s'est dressé comme un rempart face à la puissance coloniale

 

L'imam El Ibrahimi s'est intéressé à toutes les questions nationales religieuses, éducatives, sociales ou économiques, dont je me contenterai d'en citer brièvement quelques unes, laissant aux honorables savants et professeurs le soin de les évoquer plus profondément.

 

Dans le domaine de la religion, il s'intéressa à l'essentiel et au fond en s'attelant à la consolidation de la foi et à la lutte contre les dérives et l'hérésie.

 

Il fustigea le gaspillage que représente le sacrifice du mouton accompli durant le pèlerinage à Mena au lieu de destiner cette viande aux musulmans nécessiteux à travers les différentes régions de la nation. C'est le cas aujourd'hui puisque la viande est collectée puis distribuée à ceux qui en ont besoin.

 

Il n'a eu de cesse d'appeler les imams à donner l'exemple à leurs peuples: il les exhorta à prôner le bien en étant les premiers dont il préside les actes t à s'éloigner du mal en étant les premiers à le bannir.

 

Il milita, par la plume et la parole, pour la restitution des biens wakfs des musulmans afin de servir à la réalisation de leur renaissance.

Mesdames, Messieurs,

 

Dans le domaine éducatif, il réhabilita la place du savoir en Islam en affirmant que c'est un devoir dont le reniement est un péché et non un droit auquel l'on peut renoncer. Il fit obligation aux parents d'instruire les filles autant que les garçons pour être des épouses exemplaires et des mères accomplissant leurs devoirs en connaissance de cause. C'est ainsi qu'il leur ouvrit les portes des écoles alors que certains ulémas estiment encore aujourd'hui que l'enseignement des filles n'a aucun intérêt. Il adressa, à ce propos, un poème composé en "rajaz" à certains ulémas au Machreq les appelant à favoriser l'enseignement des filles et dont lequel il dit en substance:

 

Ayez à l'esprit que Haoua et une sœur

Son emprisonnement est une injustice

Lui interdire le savoir et la connaissance

N'est consacré dans aucun texte, ni édit

 

Par ailleurs, la défense de la langue arabe a été pour l'Imam El Ibrahimi un question cruciale à laquelle il consacra son énergie et son temps.

 

Au plan social, il prôna l'étude du peuple comme la lecture d'un livre pour comprendre sa psychologie et pouvoir ainsi mieux l'orienter vers le bien et le hisser vers l'idéal. L'imam El Ibrahimi avait une parfaite connaissance de son peuple. En effet, il n'est jamais intervenu entre deux antagonistes sans réussir à les concilier ou se saisir d'une affaire sans pouvoir la régler.

 

Il convient de souligner en outre l'intérêt qu'il accorda à la jeunesse en œuvrant à en faire l'espoir de son peuple. il s'intéressa beaucoup aux question du mariage et du divorce et combattit ceux qui font du mariage un fond de commerce et ceux qui ne mesurant pas la portée des paroles de la répudiation, en usent et en abusent. Il estima que l'analphabétisme était le pire des maux et fit de son combat une sorte de Djihad.

 

Au plan économique, il prôna le revalorisation de la notion du travail et encouragea les riches algériens à créer des sociétés pour faire face aux monopoles étrangers. Il réussit en 1943 à amener certains à créer la société "Amal" (espoirs) qui fut une expérience pionnière.

 

Il mis en garde contre le gaspillage et appela a l'exploitation des fonds pour des actions fructueuses et bénéfiques.

 

En politique, l'imam El Ibrahimi était un fin tactique qui savait s'adapter aux circonstances sans jamais perdre de vue les objectifs stratégiques. Tout en prenant part à la Conférence islamique de 1936, à la rédaction du Manifeste algérien en 1943 et en impliquant, en 1951, l'Association dans le Front algérien pour la défense et le respect de la liberté- autant d'organisation revendiquant les droits matériels et moraux des algériens- il n'était nullement leurré par les vœux fallacieux, ou abusé par des promesses de Gascon.

 

Aussi, affirme-t-il en 1936 que "les droits pris par la force ne sauraient être recouverts que par la force" mais cette entreprise nécessitait une préparation matérielle et psychologique, car "impossible est la libération d'un corps dont l'esprit est servile", disait-il.

 

Il œuvra ainsi à l'unification du peuple algérien, au resserrement de ses rangs et au rapprochement des courants nationaux en mettant en garde contre la primauté des intérêts partisans sur la cause nationale. Il s'attela à l'internationalisation de la cause algérienne en se rendant en 1951 à Paris où il prit attache avec les délégations des Etats arabes et musulmans pour leur demander de soumettre la cause algérienne à l'Assemblée générale de l'ONU qui se tenait à Paris fin 1951, avec la participation des ministres égyptien et syrien des affaires étrangères, MM. Mohamed Salah Eddine Bacha et Fares El Khouri, dont la renommée était établie sur la scène  politique et dans les fora internationaux.

 

Notre Cheikh, que Dieu ait son âme, a prononcé devant ces délégations un discours des plus audacieux et des plus optimistes, annonçant à l'occupant et au peuple algérien la fin de l’ère de la parole et l'avènement de celle des armes. Il a exhorté également la Ligue des Etats arabes à aider les algériens à libérer leur pays, conformément à la charte de la Ligue qui prévoit des actions en faveur de la libération des pays arabes.

 

Le 1er novembre 1954 a été le jour tant attendu où les jeunes, mus de leur foi en leur droit au recouvrement de leur liberté, ont pris les armes pour reconquérir leur patrie, puisant leur courage dans leurs sources nationalistes ancestrales prônant l'indépendance de l'Algérie et préférant le Martyre à une vie de servitude et la poursuite de l'action politique vaine et stérile.

 

Les malheurs de l'Algérie n'ont pas détourné l'Imam El Ibrahimi des problèmes des peuples arabes et musulmans puisqu'il a soutenu toutes leurs causes du Maghreb au Machereq. Toutefois, il accorda le plus d'intérêt à la question palestinienne, au vu de sa particularité, en mettant en place un comité de soutien à la Palestine et en proposant sa bibliothèque à la vente pour faire don de ses rentrées.

 

Il fut, en outre, l'auteur de nombreux articles remarquables sur cette question au point de faire dire au Dr. Faize Es-sayegh, de l'université américaine à Beyrouth que "Ses écrits n'ont jamais eu d'égales depuis que les plumes ont commencé à traiter de la question palestinienne".

 

L'Imam El Ibrahimi avait une autre qualité qui ne saurait vous échapper en l'occurrence l'éloquence et la rhétorique. Il avait, en effet, une parfaite maîtrise de la langue arabe et une vaste connaissance de tous ses arcanes ce qui lui a valu la reconnaissance de ses sommités qui lui ont octroyé une place méritoire au sein des académies de la langue arabe du Caire et de Damas.

 

Il est naturel que l'homme soit touché par la poésie, car elle transporte par sa musicalité, mais il est rare qu'il le soit par la prose d'autant que celle-ci est moins lotie dans l'art de l'éloquence. Rares sont les écrivains qui ont cette faculté. Notre imam El Ibrahimi, en été, lui, pourvu. Aussi avait-il écrit en s'adressant à la patrie:

 

"Paix à toi, le jour où, fier et altier tu étais, à la rencontre d'Okba et ses compagnons. Paix à toi, le jour où, triste mais déterminé à la revanche, tu dû abdiquer face à Bugeaud et sa légion. Et Paix à toi le jour où libre, tu seras fier et altier".

 

 

Mesdames, Messieurs,

 

Une telle rencontre ou même plusieurs ne sauraient suffire pour cerner tous les aspects de l'homme dans les domaines des sciences et des lettres, de l'éloquence et de la rhétorique, de la prédiction et de l'orientation, de la pensée et de la politique ainsi qu'en matière de lutte acharnée pour la dignité et la fierté.

 

L'Algérie a donné naissance à une génération exceptionnelle de réformateurs dont El Ibrahimi. Des hommes qui ont formé à leur tour une génération de militants dont nombreux ont rejoint Dieu en martyrs lors de la glorieuse révolution de libération.

 

Notre jeunesse a grand besoin de prendre exemple sur ces aïeux aussi bien dans les question de la religion que de la vie. Ils avaient une bonne connaissance de leur religion qu'ils pratiquaient sans abus ni surenchère loin des Fatwas décrétées à tort et à travers. Une situation qui a amené beaucoup à dévier du droit chemin à telle enseigne que, victimes de ces excès, sont allés jusqu'à déclarer apostats gouvernant et gouverné et autoriser l'effusion du sang des  musulmans et des non musulmans pour des motifs sans fondement ni justificatifs dans la religion elle-même.

 

Nous avons tant besoin d'un tel éveil, un éveil fondé sur une lecture innovée du patrimoine, de la pensée et de la jurisprudence de nos réformateurs tels Benbadis, El Ibrahimi, Tbessi, El Okbi, El Zahiri, Atfich et tant d'autres. Un éveil qui nous permettrait de tracer à nous même la voie de la rectitude et donner l'élan de la renaissance escomptée dans le cadre d'une réconciliation nationale globale.

 

Une réconciliation qui rétablit la quiétude de l'esprit, restaure la stabilité et la sécurité, favorise la relance économique et le progrès social et habilite la nation à un partenariat global avec d'autres nations. Un partenariat d'égal à égal dans le cadre du respect, de la coopération et du dialogue civilisationnel fructueux et sérieux qui fait ressortir le vrai visage de l'islam. Un islam qui honore l'homme, préserve sa dignité, le libère de l'emprise de ses instincts et le prépare à l'édification des grandes civilisations humaines dans un esprit de modération et de pondération.

 

Alors que nous commémorons le 40eme anniversaire de la disparition de l'un des érudits de l'Algérie, nous ne pouvons que nous recueillir à la mémoire des victimes de ce même jour de l'année 2003 suite au séisme de Boumerdes, tout en priant Dieu, tout puissant, de les accueillir en son vaste paradis et d'assister les leurs.

 

Permettez-moi de conclure par le rappel du préambule de la deuxième série du journal "El Bassaier" en date du 25 juillet 1947 écrit par l'Imam El Ibrahimi disant en substance: "ô Dieu, toi le protecteur des faibles, apportes nous ton aide, guides nos pas vers le droit chemin, préserves nous de la fitna, armes nous de courage et éclaires nous de ta sagesse

 

Merci pour votre écoute.

 

publié par tariq ibn ziad dans: lalgerieengrand
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